Bois flotté et chauffage : peut-on le brûler dans sa cheminée ?

Par Emmeline Guiragossian
Publié le
peut-on utiliser du bois flotté comme bois de chauffage
Source : Pixabay / KerriB10

Le bois flotté semble être un combustible gratuit et naturel. Pourtant, sa combustion présente des risques pour la santé, l’appareil de chauffage et le conduit de fumée.

Qu’est-ce que le bois flotté et pourquoi attire-t-il pour le chauffage ?

Le bois flotté est un bois transporté puis déposé par la mer, un fleuve ou une rivière. Son aspect naturel et sa disponibilité peuvent donner envie de le récupérer comme bois de chauffage.

Au fil de son séjour dans l’eau, le bois perd son écorce et prend une forme polie. Il peut provenir d’une branche, d’un arbre, mais aussi d’une palette, d’un meuble ou d’un élément de construction. Son origine reste souvent impossible à déterminer.

Ce bois de récupération attire pour plusieurs raisons :

  • il peut être ramassé gratuitement ;

  • il paraît sec lorsqu’il est échoué depuis longtemps ;

  • son aspect évoque un matériau naturel ;

  • il semble pouvoir remplacer quelques bûches traditionnelles.

En France, Service-Public.fr indique qu’il n’existe pas de réglementation nationale spécifique interdisant le ramassage du bois flotté déposé sur les plages. Des restrictions locales peuvent toutefois s’appliquer. Pouvoir ramasser ce bois ne signifie pas qu’il soit adapté au chauffage.

Peut-on brûler du bois flotté dans un poêle ou une cheminée ?

Non, il est déconseillé de brûler du bois flotté dans un poêle à bois, une cheminée ouverte, un insert ou une chaudière à bois. Son humidité, sa teneur en sel et son origine inconnue rendent sa combustion risquée.

Teneur en sel, humidité et composition du bois flotté

Le bois flotté marin absorbe du sel pendant son séjour dans l’eau. Le séchage du bois évacue une partie de l’humidité, mais il ne supprime pas nécessairement les sels retenus dans ses fibres.

Lors de la combustion, le chlore présent dans le sel peut participer à la formation de composés polluants. L’Agence américaine de protection de l’environnement, l’EPA, recommande explicitement de ne jamais brûler de bois flotté marin. Elle signale notamment un risque de formation de dioxines lorsque la combustion est incomplète.

Le taux d’humidité constitue un autre problème. Un morceau peut sembler sec en surface alors que son cœur reste humide. Or, un bois humide :

  • s’allume difficilement ;

  • produit moins de chaleur ;

  • réduit le rendement énergétique ;

  • génère davantage de fumées de combustion ;

  • favorise l’encrassement de l’appareil et du conduit.

Enfin, l’origine du bois flotté est rarement connue. Certains morceaux peuvent avoir reçu une peinture, un vernis ou un traitement chimique du bois. Ils doivent alors être considérés comme du bois traité et non comme un combustible bois.

Risques pour le conduit, l’appareil et la qualité de l’air intérieur

Brûler du bois flotté peut endommager l’appareil et augmenter les émissions polluantes. Le sel, l’humidité et les éventuels traitements perturbent la qualité de la combustion.

Les dépôts salins peuvent favoriser la corrosion de certaines pièces métalliques du poêle, de l’insert de cheminée ou du conduit. Une combustion lente et incomplète augmente aussi les dépôts de suie et de goudrons. À terme, ces dépôts peuvent accroître le risque de feu de cheminée.

Les fumées peuvent contenir des particules fines, du monoxyde de carbone et différents composés organiques. Le dioxyde de carbone est également produit lors de toute combustion. Dans une cheminée ouverte ou avec un appareil mal entretenu, une partie des polluants peut dégrader la qualité de l’air intérieur.

Faire sécher du bois flotté pendant plusieurs mois ne suffit donc pas à le rendre sûr. Le séchage réduit l’eau présente dans le bois, mais ne garantit ni l’élimination du sel ni l’absence de peinture, de vernis ou d’autres contaminants.

Cadre réglementaire et responsabilités en cas d’utilisation de bois flotté

La réglementation française encadre la qualité des combustibles commercialisés, mais elle ne classe pas le bois flotté comme un combustible domestique recommandé. L’utilisateur doit aussi respecter la notice de son appareil et les éventuelles règles locales.

Normes sur le bois de chauffage et recommandations des professionnels

Depuis le décret français du 30 mars 2022, un bois de chauffage est présenté comme « prêt à l’emploi » lorsque son taux d’humidité moyen est inférieur ou égal à 23 % sur masse brute. Au-delà de ce seuil, il doit être signalé comme « à sécher avant emploi ».

L’ADEME recommande également de brûler du bois sec dont le taux d’humidité est inférieur à 23 %. Elle déconseille formellement les vieux meubles, les panneaux agglomérés et les bois récupérés sur les chantiers, car leur combustion peut libérer des substances nocives.

Le bois flotté ne permet généralement pas de vérifier :

  • l’essence du bois ;

  • son taux d’humidité réel ;

  • son exposition au sel ;

  • la présence d’un traitement chimique ;

  • sa compatibilité avec l’appareil.

L’utilisation d’un combustible non prévu par le fabricant peut, selon la notice et le contrat concerné, compliquer la prise en charge d’un dommage par la garantie ou l’assurance. Il faut donc consulter les documents de l’appareil et les règles du règlement sanitaire départemental.

Alternatives sûres : bois flotté décoratif et combustibles adaptés

Le bois flotté peut être conservé comme objet décoratif, mais il vaut mieux chauffer son logement avec un combustible sec, propre, identifié et compatible avec l’appareil.

Comment utiliser le bois flotté uniquement en décoration ?

Le bois flotté peut servir à créer un miroir, une lampe, une étagère ou une composition murale. Avant de l’introduire dans le logement, il convient de le brosser, de le nettoyer et de le laisser sécher complètement dans un lieu ventilé.

Il ne faut pas placer les morceaux trop près d’un poêle, d’un insert ou d’une cheminée ouverte. Le bois reste un matériau combustible. Il doit aussi être vérifié afin d’écarter les morceaux couverts de peinture, de goudron, de moisissures ou de résidus inconnus.

Quels types de bois de chauffage privilégier à la place du bois flotté ?

Pour une combustion plus régulière, choisissez un bois sec et vendu pour le chauffage. Les bûches doivent être adaptées aux dimensions du foyer et stockées sous un abri ventilé, sans contact direct avec le sol.

Selon votre équipement, vous pouvez utiliser :

  • Des bûches de bois sec dans un poêle, un insert ou une chaudière compatible ;

  • Des bûches compressées conformes aux indications du fabricant ;

  • Des granulés de bois dans un poêle à granulés ou une chaudière à granulés ;

  • Un allume-feu conçu pour le chauffage domestique.

Les granulés de biomasse ne doivent jamais être utilisés dans un appareil qui n’est pas prévu pour ce combustible. Nous proposons des bûches et des granulés de bois adaptés au chauffage domestique, avec des caractéristiques connues.

En résumé, le bois flotté doit rester un matériau décoratif. Pour préserver le rendement énergétique, limiter la pollution de l’air et protéger l’installation, mieux vaut utiliser un bois de chauffage sec et contrôlé.

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